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Entrevista
concedida ao jornal francês Libération,
publicado em 1ş de janeiro de 2004.
| | Renato
Ribeiro, intellectuel brésilien progressiste, dresse le bilan critique
d'un an de présidence Lula :
ĞLula ne peut faire de la gauche pureğ
Professeur
de philosophie politique à l'Université de São Paulo, Renato
Janine Ribeiro est proche du Parti des travailleurs (PT), la formation de Lula.
Mais il porte un regard critique sur son gouvernement. Quel
bilan faites-vous de la première année de Lula au pouvoir ? Il
a mis fin à la crise de confiance due à la crainte des marchés
financiers de voir élu un homme de gauche. Pour leur montrer qu'il honorerait
la dette et maîtriserait l'inflation, il a adhéré à
l'austérité fiscale et monétaire. Mais cette politique a
eu un coût. Le chômage a augmenté, la pauvreté n'a pas
reculé. Lula
suit la recette du FMI. Il a même durci l'austérité fiscale.
A-t-il trahi la gauche ? Non,
il n'avait pas le choix. C'est justement parce qu'il est de gauche qu'il a dû
faire une surenchère d'austérité. Les marchés s'attendaient
à ce qu'il ouvre le robinet des dépenses, déclare le moratoire
sur la dette et tolère l'inflation au nom de la croissance, comme l'a toujours
prêché la gauche. S'il avait fait tout cela, la crise aurait tourné
au chaos, il aurait pu encore moins faire du social et son gouvernement serait
tombé. Maintenant qu'elle est passée, il faut assouplir l'austérité
monétaire et fiscale. Sans quoi, il sera très difficile à
Lula de tenir ses promesses sociales. Rien
n'indique que la politique économique va changer. Lula a renouvelé
pour un an l'accord du Brésil avec le FMI sans négocier une baisse
de l'effort fiscal... Si,
à la fin de son mandat, Lula n'a pas réduit la misère et
l'injustice sociale, ce sera un suicide politique pour lui et le PT. En revanche,
s'il y parvient, tout en gardant la crédibilité des marchés
pour ne pas ruiner l'économie, il aura créé une nouvelle
voie pour la gauche. Il ne peut faire de la gauche pure. Son gouvernement n'est
pas de gauche, mais de centre-gauche, même si le PT détient les ministères
clés. Lula a également fait des alliances au Congrès (avec
le centre et le centre-droit, ndlr) pour y obtenir la majorité. Il
a fait voter des réformes réclamées par les marchés,
comme la baisse des retraites des fonctionnaires. Sa réforme fiscale n'a
pas touché l'impôt sur le revenu, pour le rendre plus juste. Lula
n'a pas mis à profit son capital politique initial pour faire passer des
mesures de gauche. Il semble avoir peur de perdre des appuis. Plusieurs
intellectuels ont rompu avec le PT, se sentant trahis. Pas vous. Pourquoi ? Rompre
avec lui ne sert qu'à sauver sa bonne conscience. Il faut plutôt
faire pression sur lui, ne pas le laisser tranquille, pour le recentrer à
gauche. Lula
suit la même politique économique que son prédécesseur.
Qu'est-ce qui a changé avec lui ? Il
a mis fin aux privatisations, du moins celle des entreprises stratégiques.
Il a aussi une politique de microcrédit. De plus, il ne traite pas comme
un criminel le mouvement social. Il dialogue et négocie avec le Mouvement
des sans-terre (MST), que l'ex-gouvernement traitait en bandit. Le MST voulait
que des terres soient remises à un million de familles d'ici 2006. Lula
lui a dit qu'il ne pouvait en installer que la moitié. Sa politique étrangère
est plus active et plus à gauche, sans rompre avec celle de son prédécesseur.
Lula a intensifié les liens avec le monde émergent dont il brigue
le leadership. Il veut renforcer le Sud face au Nord, pour mieux défendre
ses intérêts commerciaux. La création du G-20, coalition de
pays du Sud qui conteste les subventions agricoles des pays riches, le montre.
Lula cherche également à se démarquer des Etats-Unis, mais
sans les heurter de front. Il s'est rendu chez Fidel Castro, son ami, et a critiqué
la guerre en Irak. Enfin, il se montre plus ferme face à Washington dans
les pourparlers sur la ZLEA, la zone de libre-échange des Amériques.
Là aussi le pragmatisme l'a emporté. Il pense désormais que
le pays (exportateur agricole, ndlr) peut y gagner. Le
PT a expulsé quatre parlementaires de l'aile gauche qui ont voté
contre la réforme des retraites du secteur public. N'est-ce pas de l'autoritarisme
? Au
PT, il y a un débat interne, mais la consigne de vote doit être respectée.
Selon une logique de gouvernement, il n'y avait d'autre choix que d'expulser les
contrevenants, sans quoi ce sont les trente députés de la gauche
du parti, soit le tiers de son bloc parlementaire, qui auraient fait dissidence.
Or, si ses rangs ne sont pas unis, comment le PT pourrait-il prétendre
au soutien des partis dont il a besoin pour avoir la majorité au Congrès
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